À qui confier cette découverte?
3 mars 1852
Monsieur le curé en avait déjà bien assez comme ça sur les épaules.
Il fallait donc trouver une personne de confiance, près des autorités officielles...
Dans ce temps-là pas de SQ.
Il y avait bien sûr les huissiers Joseph Guimond et ses deux fils Octave et Honoré, également des huissiers, âgés respectivement de 25 et 16 ans.
Il y avait aussi un dénommé Joseph Adam.
Joseph Guimond, 57 ans, avait marié Flavie Desjardins, âgée de 52 ans. Le couple avait aussi un autre garçon, Ferdinand, âgé de 13 ans et une fille, Alexine, âgée de 11 ans.
Joseph Adam était âgé de 26 ans et sa femme, Virginie Berthiaume en avait 21. Elle avait donné naissance à la petite Virginie en 1851. Monsieur le curé Champoux avait d’ailleurs officié à son baptême.
C’est donc à eux que François se confierait...
Dans le plus grand secret.
C’est en sortant de la messe le dimanche, que François Blouin arrive face à face avec Joseph Guimond.
Celui-ci était justement en train de parler avec Joseph Adam.
Nos deux Joseph portaient des complets noirs et de drôles de lunettes...
Ça leur donnait un air officiel!
François demande à leur parler, mais à l’écart de la foule des fidèles qui sortaient de l’église.
Joseph Guimond était un homme qui imposait crainte et respect. L’autre Joseph semblait moins intimidant.
- J’aimerais vous parler d'un cercle mystérieux dans mon champ, dit François.
- Tut, tut, dit Joseph Adam. Allons plus loin.
François raconte alors son histoire.
Il avait entendu d'étranges bruits au printemps dernier provenant de son champ. Il n’en avait pas fait de trop de cas à cette époque.
Mais ce cercle complexe le laissait perplexe...
Joseph Guimond marmonna dans l’oreille de son acolyte qui semblait être le nom de la femme d’origine mexicaine, une certaine Maria Juanita ou Juana.
François pensait qu’il parlait d’une des nombreuses Mexicaines qui venaient travailler tout l’été à Ste-Anne-des-Plaines.
Joseph Guimond se tourna vers François encore tout impressionné par ses lunettes noires.
- J’en parle à mes supérieurs, dit-il d’une voix puissante, et je vous en donne des nouvelles, mais d’ici là...
Motus, c’est un ordre.
François aurait bien aimé avoir sous la main le Dictionnaire rose des locutions latines de monsieur le curé, mais même s’il l’avait eu, il ne savait pas lire.
Le temps passait et passait et François n’avait pas encore de nouvelles des deux huissiers.
Ils les avaient vus une fois en train de manger à la nouvelle petite auberge sur le chemin qui menait au Trait-Carré.
L'aubergiste était un certain Timorton, un Anglais du Haut-Canada. Son auberge était le rendez-vous du Tout-Ste-Anne.

Reproduction de l’affiche de monsieur Timorton
d’après un dessin de l’époque
Il y avait aussi monsieur Burger, un homme originaire d’Allemagne un peu plus loin. Il était le propriétaire d’une autre halte pour les voyageurs se dirigeant vers St-Lin, juste en face des écuries Paquette.
Chez Paquette, les chevaux pouvaient s'arrêter pour boire un peu d’eau avant de reprendre la route.
Ça dépannait beaucoup les voyageurs à l’époque quoique le prix de l’eau avait grimpé un peu depuis quelque temps...
Le motus commençait vraiment à fatiguer François, surtout que les bruits étaient revenus et que cela le réveillait, lui qui se levait tôt le matin.
Il devait s’occuper de ses animaux et n’avait surtout pas le temps d’arrêter casser la croûte chez Timorton...
Las d'attendre les deux huissiers, il se décida, une bonne nuit, d’aller voir lui-même ce qui se passait dans son champ.
Telle ne fut pas sa surprise de voir des hommes casqués en train de ramasser des herbes mystérieuses à l’intérieur de son champ de maïs.
Ils se promenaient dans de petits chariots à quatre roues aux teintes verdâtres, tout comme leurs uniformes.
Ces êtres mystérieux ne décelèrent pas sa présence et François retourna sur ses pas.
Le dimanche suivant, il en profita pour avertir les deux huissiers.
- Tut, tut, nous sommes sur une bonne piste... dit Joseph Adam.
- Mes supérieurs s’en mêlent personnellement, dit Joseph Guimond. Si j’étais vous, j’oublierais toute l'histoire.
En les quittant, il se rendit compte qu’ils allèrent parler à deux autres huissiers. Mais ceux-là étaient tout vêtus de rouge et portaient un chapeau à large bord...
Plus tard, pour garder le secret du cercle mystérieux, le gouvernement du Canada fit construire sur ce qui était autrefois le champ de François, un pénitencier, à l'emplacement même du fameux cercle.
Mais si on regarde attentivement, on peut encore en voir les vestiges.
Et dire qu’on parle seulement de la conspiration du 11 septembre...
Angèle décida, quant à elle, de garder ce secret bien vivant dans la mémoire des gens à travers les temps. Elle avait choisi ce nom pour le regroupement qu’elle avait fondé et qui existe encore de nos jours...
Le cercle mystérieux des fermières de Ste-Anne-des-Plaines.
Il fut le tout premier et l’idée se répandit comme une traînée de poudre dans tous autres villages du Québec.
Avec le temps, les fermières ont laissé tomber le mot mystérieux sans qu'on sache trop pourquoi...
Quant à moi, j’ai promis aux hommes en complet sombre de garder le silence sur toute l’affaire.
Je n’en parle qu’à vous, un petit groupe d'initiés.
Je sais que vous saurez vous taire...
Alors motus.
Il faut mieux rester bouche bée que de trop parler dans cette affaire.
Ah oui... Vous ne me croyez pas.
Regardez cette photo.
C’est vraiment le champ de François Blouin photographié par Pierre Guzzo.
Et ce n'est pas une blague...
Demain, je vous parle de Pierre Foglia qui vous parle de futurs ancêtres.

