Pierre Lagacé

Nos ancêtres


Publié le lundi 18 février 2008

L’incident de Ste-Anne-des-Plaines en 1852

 

18 février 2008

 

Ma femme m’a encore mis en garde hier matin.

 

« Fais attention à ce que tu écris. Il y a peut-être des gens qui lisent ton blogue. »

 

« Non, mais, je ne suis pas Orson Welles et ce n’est pas La Guerre des mondes, voyons. »

 

 

Et vous, vous croyez aux extraterrestres...

 

Les gens qui vivent à Ste-Anne-des-Plaines, en 1852, eux y croient...

 

Tout est redevenu à la normale ce beau lundi matin de février. C’est du moins que Météomédia avait annoncé la veille. Il est autour de onze heures. La température est anormalement chaude pour un 18 février.

 

Tiens une oie blanche dans le ciel!

 

L’hiver ne tardait pas de finir. Elle s’est probablement égarée...

 

Le petit village de Ste-Anne avait été presque coupé du reste du monde à cause des nombreuses tempêtes de neige qui n’en finissaient plus de s’abattre sur la communauté de 1600 âmes...

 

Les gens se demandent encore comment une cinquantaine de gros chariots métalliques tirés, on ne sait pas trop comment, s’étaient rendus à Ste-Anne vendredi dernier.

 

Et ce drôle de moineau avec son drôle de chapeau sur la tête et aux grosses oreilles dans cet énorme oiseau tourbillonnant dans le ciel... sûrement pas une outarde.

 

Quant à lui, monsieur le curé Champoux se gratte la tête et n’en revient pas encore.

 

Tous ces pèlerins d'origine asiatique courant partout dans le cimetière avec ces minuscules boîtes projetant de petits éclairs aveuglants. Pas tellement rassurant. Et qui, en plus, le grand sourire aux lèvres, tenaient mordicus à se tenir immobile à ses côtés pour se faire aveugler.

 

Il ne comprenait pas trop leur langue non plus :

 

« Arrive gâteau. Connais chinois »

 

Bref, il en perdait son latin.

 

Il avait bien fouillé, après le souper, dans son tout nouveau Dictionnaire Rose des locutions latines, mais il n’avait rien trouvé...

 

Il avait trouvé mutatis mutandis, mais rien qui approchait

d’« Arrive gâteau et de Connais chinois », non ces mots ne s’y retrouvaient pas.

 

Il avait bien essayé de décoder ce que les pèlerins voulaient dire...

 

Avaient-ils faim?

 

Pourtant non, ils avaient tous reçu une petite boîte en carton contenant une sorte de double morceau de pain enveloppé dans une feuille transparente. Ça semblait bon, mais la feuille n’était pas comestible.

 

Chacun avait aussi une petite bouteille avec un drôle de liquide.

 

Son regard avait été attiré par les bouteilles.

 

De petits personnages épeurants comme des gargouilles y étaient représentés.

 

L’homme s’appelait Raoul, selon l’inscription, et la femme Monique.

 

             

 

Il y avait aussi une autre bouteille, mais le nom précis lui échappait, une sorte de commandant de DC 132...

 

Il ne les avait jamais vus ni dans ses livres ni dans sur portraits...

 

Peut-être un roi marié à une reine, et un chevalier du ciel... allez donc savoir...

 

 

Monsieur le curé en parlait justement ce matin avec son voisin, le menuisier Joseph Vezeau.

 

Le curé Charles Champoux avait célébré le mariage de Joseph l’été dernier dans la nouvelle église de Ste-Anne.

 

Elle avait été incendiée en 1843.

 

Joseph Vezeau et Sophie Laurion s’étaient mariés un 14 juillet. Leurs amis français avaient prétexté une fête quelconque pour se décommander.

 

Joseph vivait maintenant avec sa mère Marie Sauriol. Elle était la veuve de Louis Vezeau. Louis, qui s’était marié en secondes noces avec Marie en 1821, avait marié en premières noces Marie-Anne Berthiaume.

 

Joseph était aussi médusé que monsieur le curé.

 

L’abbé Champoux avait été, en 1848, curé de la paroisse St-Bruno-de-Montarville. Les gens de l’endroit parlaient déjà à cette époque de lueurs étranges dans le ciel.

 

Il en avait jasé justement avec son autre voisin, Jean-Baptiste Meunier, le forgeron.

 

Jean-Baptiste avait regardé de près ces drôles de petites boîtes. Elles n’étaient pas faites en métal et avaient un gros oeil au centre...

 

Jean-Baptiste en avait vu des choses dans sa vie, mais celles-là...

 

Son fils, le petit Jean-Baptiste, âgé de huit ans, avait accompagné son père et avait rencontré les pèlerins. Il comptait lui aussi manger du gâteau... mais il semble qu’il n’en restait plus.

 

Les pèlerins semblaient tout gênés et passaient leur temps à faire des excuses en penchant constamment le haut du corps.

 

Sur l’entrefaite, monsieur le notaire apparaît, un homme qui allait faire parler de lui dans les prochaines années.

 

Certains disaient même au village que de grands changements étaient sur le point d’arriver à Ste-Anne-des-Plaines.

 

Léonard Lesieur Desaulniers était le notaire du village. Il était âgé de 36 ans. Il avait marié Sophie Louise Gouger, même si dans le recensement on voyait Gouget. On ne peut se fier à l’orthographe des patronymes, encore moins à celui des prénoms dans ces recensements.

 

Mais ça, on l’apprendrait à nos dépens que beaucoup plus tard.

 

Tout comme aujourd’hui, le notaire était un homme important.

 

Si le curé s’occupait des âmes, le notaire faisait en sorte que la vie des gens se déroule dans le respect des lois : contrat de mariage, contrat de vente, testament...

 

Et il en savait des choses sur les gens... mais il se devait d’être discret, tout comme monsieur le curé l'était au confessionnal.

 

Léonard en avait aussi long à dire sur les événements du vendredi.

 

Ses enfants avaient fait des cauchemars toute la nuit, surtout Arthur, le petit ami de Jean-Baptiste.

 

Quand on a sept ans, et qu’on voit cinquante autobus et l’hélicoptère LCN, disons que ça doit marquer un enfant non...

 

Mais Arthur s'en est bien remis.

 

Il s’est marié avec la belle Marie-Élisabeth Bouthillier, fille de Denis Bouthillier et Julie Rodier, le 7 août 1877, à la paroisse St-Sulpice, à St-Sulpice dans le comté de l’Assomption.

 

 

Tout à coup, on entend un grand cri...

 

Tout le monde tourne les yeux vers le ciel.

 

Mais c’est la voix d’Edwidge, la mère de Jean-Baptiste.

 

« Jean-Baptiste, maman t’a préparé un nouveau mets. Viens manger. »

 

Jean-Baptiste et son fils arrivent, se lavent les mains et se mettent à table.

 

Autour de celle-ci se trouvent également les soeurs du petit Jean-Baptiste, Edwidge et Rose de Lima Bock-Meunier, âgées respectivement de quatre ans et de deux ans.

 

Au centre de la table, le nouveau mets de la mère.

 

« C’est quoi maman ? dit Jean-Baptiste, un gâteau aux patates ! »

 

Les deux petites soeurs s’efforcent pour ne pas rire...

 

J’appelle ça un gâteau chinois mon trésor...

 

Steak, blé d'Inde, patates...

 

Jean-Baptiste se gratte la tête...

 

C’est depuis ce temps-là, que lorsqu’ils ne comprennent quelque chose, les gens utilisent cette expression qui vient de Ste-Anne-Plaines : « C’est du chinois ».

 

Et on dit qu’apprendre l’histoire ne sert à rien...

 

Vous en savez maintenant beaucoup plus sur l’origine de certaines expressions et d’un mets anneplainois. Le nom a changé, mais la recette est la même.

 

C’est aussi de cette époque que date également notre difficulté à distinguer entre ce qui est un mets chinois d’un mets japonais et, par conséquent, ce qui a retardé notre engouement pour les sushis au Québec.

 

Mais tout ceci relève plutôt de la transmission par les gènes que de la généalogie.

 

Alors que d’autres parleront plus tard de l’incident de Roswell en 1947, les gens de Ste-Anne se demandent encore ce qui s’est réellement passé ce matin-là du 15 février 1852.

 

On se donne rendez-vous la semaine prochaine avec un autre épisode des Belles Histoires du petit village au sud des pays d’en haut : Le cercle mystérieux dans le champ de François Blouin...

 

Je vais tenter d'être sérieux.

 

Demain, je continue à parler des courriels, et ensuite, je parlerai des banques payantes...

 

    Lundi 18 février 2008

Par: PLagace | Permalien | |


1 Commentaire :

Commentaire écrit le lundi 18 février 2008 à 08:33:38 (lien)
yves
Bjr; il y a tellement de chose qui a été dites sur les ovnis,quoi croire ?


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